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Sorj Chalandon | |
| Retour à Killybegs | ||
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Une très belle écriture au service d'une cause perdue d'avance... Sorj Chalandon, à travers la souffrance d'une famille irlandaise, exprime toute l'iniquité subie par un peuple dont le seul tort est de vouloir pratiquer une autre religion que celle prônée par le Royaume Uni ( uni ou désuni, d'ailleurs?!)
Son héros- et ami, semble-t-il-, a fini par trahir la cause ! On ne peut s'empêcher d'être compatissant face à ce choix : épuisement, désillusion, désir de protection des siens; tout ce que ne nous dit pas clairement l'auteur est pourtant fortement exprimé dans cette écriture puissante. Un très beau roman dont on anticipe très vite le dénouement, dénouement qu'on aimerait autre, pour pouvoir croire encore à la justice et au respect de l'autre... par: Jakline Fayolle |
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Henri Cueco | |
| L'été des serpents | ||
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Pour moi, le postulat de départ était une chronique des années de guerre comme je viens de l'écrire plus haut. Or, là, je me trouve essentiellement dans une chronique d'un vieil homme se souvenant avec une grande nostalgie de la découverte de son corps et de celui des filles changeants à l'adolescence. Rien de particulièrement choquant, certes, mais un peu répétitif et une espèce de libidinerie permanente, compréhensible à cet âge-là mais un tantinet agaçante pour le lecteur quarantenaire que je suis. Peut-être suis-je traumatisé par ma propre adolescence, Freud pourrait sans doute nous en dire plus, mais j'ai perdu son numéro pour la consultation ? Peut-être suis-je devenu cul-pincé avec l'âge (je ne vous cache pas que cette option n'a pas ma faveur) ? Ou peut-être ne suis-je pas adepte de ceux qui ne parlent que de "ça" (ouh la Yves, ce diminutif entre guillemets est bien la preuve de ton cul-pincé !), tout simplement ?
Et puis, et puis, il y a la formidable idée qu'a eue l'auteur d'écrire en en-tête de ses chapitres, des textes, plus ou moins longs sur sa vie actuelle, sur ses amis, ses petits-enfants, ses voisins, la vie de son village et parfois des souvenirs de cette guerre. Alors là, je dis bravo. Je dis même mieux, je dis qu'il eût mieux valu mettre ces textes en valeur pour l'accroche du bouquin, parce qu'ils sont excellents, comme de toutes petites nouvelles à suivre ou pas. Une écriture simple, directe, poétique parfois. En fait, pour moi, ils sauvent le bouquin d'un ennui menaçant. Pour être moins négatif (que voulez-vous, je suis un éternel optimiste, on ne se refait pas), je dirais même que ce sont ces passages et l'écriture générale de Henri Cueco qui sauvent ce roman. Ses phrases sont triturées, très ponctuées, elles alternent du vocabulaire simple, parfois un peu plus élaboré, voire inventé, des néologismes quoi avec des mots grossiers, des "gros mots" comme on disait, petits. par: Yves Mabon |
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Jack-Alain Léger | |
| Zanzaro circus, Vol. 1. Windows du passé surgies de l'oubli | ||
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Allons droit au but : je suis très partagé sur ce livre. D'abord, l'auteur mélange tellement d'idées, de souvenirs, de réflexions, que parfois, je ne savais plus où j'en étais. Ensuite, il règne dans son livre une sorte d'intellectualisme, d'élitisme que je n'aime pas. Non que je n'aime pas les intellectuels, mais j'ai du mal à comprendre le mépris qu'ils peuvent avoir pour ceux qui n'ont pas l'envie ou la chance d'égaler leur Grandeur. En cela Jack-Alain Léger me paraît un peu suffisant, pédant par moments. Disons que ce n'est pas la modestie qui l'étouffe ! En outre, il règle aussi des comptes avec des éditeurs, d'autres écrivains qu'il n'aime pas mais il ne les nomme pas toujours : j'ai donc eu parfois l'impression de rester un peu au bord de la route, de ne pas comprendre toutes ses colères et leurs subtilités ou plutôt, en tant que lecteur de base de ne pas pouvoir lire entre les lignes ce que les initiés peuvent eux comprendre sans décryptage particulier. Par contre, le point fort du bouquin, c'est son écriture. Jack-Alain Léger manie, triture, chamboule les mots, les phrases, parfois excessivement longues, parfois jouant avec les assonances, parfois avec verbe, parfois sans. Toutes les possibilités et tous les goûts sont présents. Certaines pages, surtout celles dans lesquelles l'auteur parle de sa mère et de leur maladie communes sont absolument magnifiques. Un roman qui ne peut laisser indifférent, il peut heurter, répugner, fasciner, plaire séparément ou tout cela ensemble mais il ne provoquera pas d'avis tiède ! par: Yves Mabon |
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Christian Lejalé | |
| A l'encre de Chine, Vol. 2 | ||
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J'avais bien aimé le premier tome de ce roman en deux parties et puis là, je n'y arrive pas. J'ai l'impression que l'écriture de Christian Lejallé a perdu un peu de la poésie qui faisait le charme du livre précédent. Ou alors, c'est moi qui n'ai pas retrouvé les mêmes sensations. Enfin, toujours est-il que sur ce roman, on ne se retrouve pas C. Lejallé et moi. Tant pis, mais ceci n'enlève rien aux qualités de ses livres (je serais tenté d'écrire "contrairement aux deux autres chroniqués dans le même article", mais ce serait du mauvais esprit voire de la provocation, donc je n'ai rien formulé et vous n'avez rien lu : je tiens à mon intégrité et suis un couard par nature).
Je veux bien faire voyager ces deux volumes, si quelqu'un est intéressé qu'il le dise ou qu'il se taise à jamais, selon la formule célèbre.
par: Yves Mabon |
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Gilles Paris | |
| Au pays des kangourous | ||
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Tout passer par le prisme d'un enfant permet de dédramatiser, de mettre de l'humour, du sourire là où un avis d'adulte appesantirait le message. L'écueil, c'est de paraître un peu lisse, un peu trop léger et c'est vrai que malgré des situations lourdes, comme dans son roman précédent, Gilles Paris écrit un roman optimiste ; mais l'optimisme ne signifie pas forcément légèreté. Pour ma part, étant persuadé que le rire ou le sourire voire l'optimisme permettent de faire passer autant voire plus de messages que la noirceur ou la tristesse, j'avoue m'être plusieurs fois interrogé sur telle ou telle situation décrite par l'auteur. Dois-je revoir parfois la hiérarchie de mes priorités quotidiennes ? Et si je tentais moi aussi de voir mes pratiques par l'oeil des enfants présents chez moi, qu'est-ce que cela pourrait changer ? En outre, je peux sans souci m'identifier à Paul étant moi-même père à la maison et donc astreint aux mêmes contingences quotidiennes, aux mêmes tâches et devoirs mais aussi et surtout aux mêmes plaisirs de pouvoir profiter des enfants, grands et petits pour moi.
par: Yves Mabon |
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Emmanuel Arnaud | |
| Le théorème de Kropst | ||
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C'est un roman assez étonnant, fort bien écrit, presque un huis clos dans les murs de Louis Le Grand, original dans le fond et la forme qui montre la jeunesse de notre future élite. Attention, parfois, ça peut faire peur, de mépris envers les plus petits, d'arrangements entre amis, de retournements de vestes : enfin, finalement rien de plus que ce que l'on voit tous les jours de la part de nos dirigeants adultes ! Oui, oui, Rastignac est bien réel et multiple. C'est un roman qui véhicule, par l'intermédiaire de ses héros, les principes décrits plus haut que je déteste et que je n'aimerais pas que mes enfants adoptent. Néanmoins, ce livre m'a retenu parce que justement, l'auteur en parle bien, ausculte et analyse les comportements des uns et des autres. Ses héros ne me sont pas sympathiques, ils sont même à l'opposé de moi, mais ils ont un côté pathétique : leur vie est toute tracée, déjà définie ; il m'est même venu l'image de certains d'entre eux, plus vieux et responsables politiques ou autres, personnes respectées au passé et au présent pourtant pas vraiment glorieux, coincés dans leur vie confortable de notables avec impossibilité d'en sortir sans une volonté hors du commun. Finalement, je les plains lorsque eux me méprisent.
Laurent Kropst fait le lien entre le livre et les maths dans ce roman qui "est une ode à l'intuition, qui réconcilie la science et la littérature" (4ème de couverture) et qui mérite d'être découvert. 135 pages pour tenter de comprendre comment sont formés nos futurs patrons, chefs d'entreprises, hommes politiques, ... Personnellement, l'ambition, les moyens pour arriver à des fins prometteuses, l'absence de scrupules, etc, etc me font froid dans le dos et me dégoûtent : tous les ingrédients sont là, réunis, pour se faire peur mais sans hémoglobine ou suspense. Ça peut même être mieux qu'un thriller. par: Yves Mabon |
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Monique Rivet | |
| Le glacis | ||
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Monique Rivet a écrit ce livre dans les années 50, alors qu'elle était à peu près du même âge que son héroïne et qu'elle était comme elle en Algérie, mais ne l'avait jusqu'ici pas publié. Ce récit se lit comme un état des lieux d'une jeune Française avide de rencontres, de connaître l'autre autant le colon que le colonisé à un moment où la tension monte sérieusement entre l'armée française et les fellaghas. A cette époque on ne parle pas encore de guerre
Un livre qui permet de plonger en plein coeur de la guerre d'Algérie vue ni par un militaire venu maintenir l'ordre ni par un fellagha, mais par un simple témoin désireux de vivre en harmonie et en bonne intelligence avec tous. Une lecture instructive pour s'informer à froid des événements. par: Yves Mabon |
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Elise Galpérine | |
| La folie Giovanna | ||
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C'est un roman écrit tout en finesse, autant pour le style que pour la manière d'aborder les personnages : beaucoup de non-dits, beaucoup d'allusions, beaucoup de fragilités des uns et des autres. Les relations entre eux sont adroitement décrites, parfois de la tendresse, parfois de la jalousie, parfois même une once de moquerie. Une écriture élégante, fine, très joliment travaillée qui place ce récit totalement en phase avec son époque et la condition des gens qu'il décrit. Vraiment, je suis tombé sous le charme de l'écriture d'Élise Galpérine. Pour la petite histoire, lorsque Vincent des Agents Littéraires m'a proposé le livre j'ai hésité et j'ai accepté pour changer un peu des polars (très bons, certes) qu'il me propose habituellement, et fort heureusement pour moi ! Un dernier conseil pour la route ? Arrêtez immédiatement vos lectures et plongez dans ce roman immédiatement, si vous passez à côté, vous le regretterez ! par: Yves Mabon |
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Bernard Saint-Paul | |
| Lucien | ||
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Pourquoi ai-je arrêté ma lecture ? Eh bien, parce que au bout d'un moment, le mépris de Grégoire pour les autres est insupportable, très répétitif et vraiment chiant à lire et ceci d'autant plus que l'auteur veut donner un côté très actuel à son livre par une écriture rajeunie de mauvaise qualité :"Peu de gens trouvaient grâce à son humour acide, mais il s'en tapait grave." (p.14) "Y avait un black qui jouait du saxo dans un trio de jazz qui swinguait de la mort" (p.28) "Comment ce médecin qui devait prendre grave, pouvait-il se suffire d'un meuble aussi vilain." (p.41)
Moi, j'ai envie de dire : "comment un livre aussi grave mal écrit peut-il avoir été publié en l'état ? Et pourquoi, je m'appliquerais un tel grave supplice de la mort à lire ces inepties qu'elles sont pas cool et qu'elles déchirent pas leur race ?" par: Yves Mabon |
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Chloé Delaume | |
| Une femme avec personne dedans | ||
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Une lectrice tourmentée qui lui aurait envoyé ses textes, grossières contrefaçons de ses propres écrits, et qui se serait suicidée après qu’elle ait refusé de l’adouber écrivain. C’est suite à cet évènement que Chloé Delaume s’engage dans une impérieuse « autofixion ». La voici déroulant sa propre genèse, son expérience du couple, notamment celle d’un couple à trois, un homme, deux femmes (mais ne vous méprenez pas, c’est d’amour dont il est question ici) et celle de la solitude.
Mais la trame est secondaire, et on n’est pas dans un étalage impudique venant nourrir le voyeurisme du lecteur. D’ailleurs l’auteur, utilisant les codes d’un livre dont vous êtes le héros se joue de ce voyeurisme et prétend proposer au lecteur de choisir son épilogue parmi trois options. L’objet de ce livre est plutôt dans la quête identitaire de l’auteur-narratrice-héroïne, qui questionne, remet en cause, et qui pour s’affirmer n’hésite pas à démystifier les attentes de son entourage, du lecteur, de la société.
Une femme avec personne dedans ne laissera pas son lecteur indifférent. Pour ma part, j’ai été agacée par certains effets d’emphase comme les envolées mystico-apocalyptique.
Toutefois, j’ai cru à la sincérité de la démarche de l'auteure, que soit dans sa quête de sa vérité qui ou dans la déconstruction de schémas traditionnels. Car Chloé Delaume bouscule, s’attaquant à la représentation collective du Bonheur, au désir de stabilité, à la maternité, au couple traditionnel auquel on abdiquerait sa propre identité. Et elle le fait avec talent.
Et l’écriture en tant que telle est magistrale. L’écriture de Chloé Delaume est poésie, mais poésie revisitée pour se nourrir des codes contemporains comme par exemple ceux des jeux video. La langue est inventive. Les mots claquent.
La poésie au service d’une certaine forme d’insurrection donc. par: Camille Gatellier |
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