Sorj Chalandon
Retour à Killybegs
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par : Jaqline le 11/02/2012
Une très belle écriture au service d'une cause perdue d'avance... Sorj Chalandon, à travers la souffrance d'une famille irlandaise, exprime toute l'iniquité subie par un peuple dont le seul tort est de vouloir pratiquer une autre religion que celle prônée par le Royaume Uni ( uni ou désuni, d'ailleurs?!)
Son héros- et ami, semble-t-il-, a fini par trahir la cause ! On ne peut s'empêcher d'être compatissant face à ce choix : épuisement, désillusion, désir de protection des siens; tout ce que ne nous dit pas clairement l'auteur est pourtant fortement exprimé dans cette écriture puissante. Un très beau roman dont on anticipe très vite le dénouement, dénouement qu'on aimerait autre, pour pouvoir croire encore à la justice et au respect de l'autre...
par : Myriam Linguanotto le 01/02/2012
Comment devient-on un traître ? Comment change-t-on d'avis, comment baisse-t-on les bras, écrasé par l'histoire ? C'est ce que raconte Retour à Killybegs, récit dans lequel Sorj Chalandon prête sa voix à Tyrone Meehan, héros de la résistance irlandaise. Ou l'histoire d'un homme bien, qui naît et meurt à Killibegs, après avoir trahi sa cause, son pays, sa famille, ses amis. Un roman fort, poignant, émouvant. Un livre à découvrir, d'abord parce qu'il dit avec précision et force l'histoire de l'Irlande, de ses martyrs de l'IRA et que le regard du romancier est empli d'empathie et d'amour pour ce pays ; ensuite parce qu'il prête sa voix au héros en étant au plus près de lui, au plus juste, parce que "personne n'a jamais été dans mon ventre, personne". Un livre humain, au style épuré et lyrique.
par : Lucille le 28/01/2012
Un livre très émouvant surtout quand on aime l'Irlande à la folie. On se souvient de la haine ancestrale des Irlandais contre les Anglais depuis Henri VIII. Comme si on n'avait pas le droit d'être catholique ! Les horreurs des guerres anglo-irlandaises, les vexations et humiliations des Anglais contre les Irlandais, le droit de vote accordé si tard aux Irlandais (moitié du XIXe siècle), la terrible maladie de la pomme de terre dont on sait aujourd'hui qu'elle fut volontairement innoculée par les Anglais pour faire mourir de faim leurs ennemis. La cruauté anglaise s'est faite très inventive jusqu'à ces dernières années où ilsemblerait que M. Blair ait réussi à mettre un peu d'onguent sur les plaies celtiques de la verte Erin. Mais dans le roman de M. Chalandon, pas de pardon. Il faut dire que cela se passe avant la trêve. La haine des Anglais se transmet de père en fils. Et les jeunes rentrent dans les rangs de l'IRA (Armée républicaine irlandaise) créée par De Valera, le premier président de la république d'Eire élu en 1922 après la partition.
Sauf qu'en Irlande du Nord, il n'y a pas eu d'indépendance et l'IRA faisait florès. Un ex de l'IRA partisan de la paix, va trahir pour cesser les bains de sang. Peu avant la trêve et le dépôt définitif des armes de l'IRA en Irlande du nord, Tyron, le héros de l'histoire, écrasé par un père violent et une mère assaillie par de nombreux accouchements perd le nord (on peut le dire). Il se rapproche des Anglais qu'il déteste pourtant comme les autres mais croit bien faire. Ses amis seront pris pour certains. La culpabilité toujours présente dans le livre, que l'on sent monter de plus en plus rend ce livre très réussi encore plus terrible.
par : Bluenine le 16/01/2012
j'ai aimé ce livre, comme j'ai aimé "le petit Bonzi", "une promesse", "mon traite", "la légende de nos pères". tout simplement par ce que l'écriture de Sorj est un petit bijou ciselé, un mot ne remplace pas un autre. il est là, parce que c'est celui-là qui doit être là!
j'ai aimé ce livre parce qu'il nous ramène sur le chemin de l'Irlande chère à Sorj, parce qu'il me ramène moi dans mes souvenirs d'adolescente à suivre le calvaire de Bobby Sands avec la révolte d'une ado plongée dans l'incompréhension.
j'ai aimé "Retour à Killybegs" parce qu'après avoir relaté la trahison avec "Mon traite", Sorj a essayé de se mettre de l'autre côté, de voir la vie avec les yeux "du traite", le coeur "du traite", "les tripes "du traite". travail fatiguant, épuisant. Il permet par ce labeur de nous apporter l'autre cliché, de faire travailler notre libre arbitre avant de juger... merci Sorj
par : Chouchane le 16/01/2012
L'histoire est faite par les hommes et les hommes sont faibles. Tyrone Meehan qui a tout pour devenir un héros irlandais va se transformer en traître pour cacher ses fautes. Dans ce roman, Sorj Chalandon revient sur les pas de « Mon traître », cet irlandais qu'il a connu, cru et aimé comme un père. C'est cet homme qui, au crépuscule de sa vie, va raconter son histoire et à travers celle-ci celle de l'Irlande et du dénouement du conflit sanglant entre les protestants et les catholiques, entre l'Irlande et l'Angleterre. Loin de juger, Chalandon donne une parole à cet homme pour qu'il puisse expliquer : croit-il œuvrer pour la paix où est-il pris au piège par les britanniques ? A travers ce conflit sanglant, on retrouve l'intransigeance meurtrière de Margaret Thatcher qui laisse mourir de faim des jeunes irlandais dont le plus célèbre d'entre eux Bobby Sand. A l'aube de la construction de l'Europe, on découvre des prisons britanniques qui pratiquent tortures et assassinats. C'était hier et les britanniques ne sortent pas grandi par cette partie de leur histoire contemporaine où Thatcher a les mains pleines de sang . On espère n'avoir jamais à trahir car la vie intime de cet homme est une prison, un piège mortel. Il vit avec ses morts et sans espoir de rédemption. le récit n'est pas écrit pour lyncher un homme, il nous donne à entendre une parole, celle d'un homme devenu misérable par faiblesse et si on ne partage rien avec lui on accepte néanmoins de ne pas le juger.
par : jostein le 14/01/2012
Sorj Chalandon avait déjà évoqué la vie de son ami, Denis Donaldson dans Mon traître publié en 2008. Ici, l'auteur nous livre une fiction biographique de Tyrone Meehan, membre de l'IRA qui en viendra à trahir en collaborant avec le MI5 et le Special Branch, ce qui évoque bien entendu le destin de Donaldson.
Ce récit alterne la voix de Tyrone à ses derniers jours, reclus en la maison de son père à Killybegs et celle du jeune Tyrone qui s'engage auprès des jeunes républicains comme Tom Williams. Depuis le suicide de son père Pat, homme violent par l'alcoolisme mais engagé, jusqu'à son acte de traîtrise, Tyrone Meehan symbolise les points forts de l'IRA. Les combats entre catholiques et Britanniques, les emprisonnements, la torture, les grèves de la faim pour obtenir le statut de prisonniers politiques, tout traduit l'engagement complet des hommes et des femmes de l'IRA.
Le second volet de ce roman est la réflexion d'un homme obligé de trahir pour garder un secret, pour protéger les siens, pour empêcher la mort des gens qu'il apprécie ou pour éviter des morts violentes suite aux bombes artisanales. Tyrone Meehan semble chercher tous les motifs pour atténuer ou justifier son acte. Cet enchaînement est très bien amené par l'auteur jusqu'au dénouement. J'ai beaucoup apprécié les conversations sur la traîtrise avec le Père Byrne qui compare le rôle de Tyrone à celui de Judas.
" Comme le Christ avait besoin de l'iscariote, ton pays avait besoin de toi."
La discussion avec son fils Jack est elle aussi très forte et émouvante.
Comment les membres de la famille engagée de père en fils peuvent-ils comprendre cet acte ? Les amis ont-ils été manipulés par ce traître?
En plus du témoignage historique, ce roman est une fabuleuse histoire d'homme, histoire d'un engagement qui va jusqu'à l'acceptation de la déchéance humaine.
Ce roman a obtenu le Grand Prix du Roman de l'Académie Française 2011.
par : (M.) Dominique Léger le 10/01/2012
A la découverte de cet écrivain journaliste dont je n'avais encore rien lu, j'ai apprécié ce (cinquième) roman ; pour quatre raisons.
1- Son fond historique, que je ne connais pas particulièrement sauf dans sa partie la plus contemporaine que j'ai vécue par sa tragique actualité : la lutte en Irlande du Nord entre républicains catholiques et loyalistes protestants ; d'un côté le Sinn Fein et sa branche armée l'IRA, de l'autre les Brits, le pouvoir britannique... L'origine de cette guerre civile à relent religieux est suffisamment (et subtilement) rappelée pour éclairer la scène.
2- Un dirigeant de l'IRA est retourné par les services spéciaux de sa Majesté et le roman entreprend sa biographie à la première personne. L'auteur se donne ainsi des moyens légitimes, de l'intérieur, pour mêler le comment et le pourquoi, les faits "armés" et l'analyse psychologique.
3- Le récit est mené avec une habileté qui gomme sa linéarité et érige un crescendo palpitant au travers de courtes séquences qui alternent passé, présent et (tragique) dénouement à venir.
4- La quatrième raison tient à l'écriture. Acérée, griffue, saignante, elle s'élève d'entrée à un rythme infernal qui ne se relâche jamais. Mots aigus, phrases courtes... les causes, les péripéties, les effets, les sentiments sont saisis dans leur brutalité avec un rare bonheur d'expression : "Il devenait craie, bouche ouverte. Un grand corps sidéré.", "A part trois regards mornes, le club [le pub] était vide.", etc.
Le traître était ami de l'auteur qui a couvert les événements pour son journal, il en a tiré un premier roman en 2008 intitulé Mon Traître. On le sent meurtri par cette histoire, endossant, en y revenant, sa personnalité pour comprendre les ressorts de l'inimaginable trahison. Après Mon Traître, ce Retour à Killybegs - pays natal où l'Irlandais retourne pour mourir, aurait pu s'appeler Mon Ami, C'était mon ami !
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