Patrick Deville
Kampuchéa
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par : (M.) Dominique Léger le 06/01/2012
Nuit du 17 avril 1975 : les Khmers rouges vident Phnom Penh de ses habitants, massacrés ou envoyés en rééducation dans les campagnes. « Les Jaunes sont devenus rouges[…] Un ou deux millions de Cambodgiens disparaissent, entre un quart et un tiers de la population. » Au nom des Lumières et de la Révolution française... avec une net penchant pour la Terreur. Pol Pot est mort, assassiné par l'Angkar; hier, on a jugé Douch le frêle bourreau du centre de torture S-21 ; demain, on jugera d'autres « frères numérotés. »
Le Kampuchéa ou Cambodge est le « moyeu » d'une roue qui pendant plus d'un siècle, entre Inde et Chine, broie les peuples, massacre les hommes, débaptise les villes, déplace les frontières : Thaïlande, Laos, Vietnam et... Cambodge ! A la Roue du Samsara des bouddhistes – le cycle des renaissances et de la souffrance, Anglais et Français, puis Américains Russes et Chinois donnent un coup de pouce... « Tout ce contre quoi voulaient lutter, à juste titre, quelques étudiants idéalistes du tiers monde. »
Le roman remonte les fleuves et suit le cheminement hasardeux des explorateurs, scientifiques au cœur pur et littérateurs en mal d'aventure. Henri Mouhot, chasseur de papillon qui redécouvre les ruines d'Angkor enfouies dans la jungle, est le très habile fil rouge du roman, le Mékong son fil d'Ariane. Patrick Deville se souvient de ses « rêves de table rase » de jeunesse et rend un hommage ému à ses grands anciens, Conrad, Loti, Malraux... poussant jusqu'au Coppola d'Apocalypse now , inscrivant ainsi son récit dans une méditation vagabonde sur l'histoire moderne.
Quelque peu exigeant par son exotisme, Kampuchéa est (avec Limonov) un des deux grands livres de l'automne, qui met une écriture attrayante, quasi poétique – « Les peuples passent, comme la houle du vent dans le riz en herbe. » –, au service de la conscience du monde...
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