Serge Bramly

interview

Quel est votre livre de chevet ?
Le livre que je suis en train d'écrire.

Où lisez-vous ?
Partout : au lit, dans la baignoire (très agréable), sur un coin de tabouret...

Quel est le livre qui vous a le plus marqué enfant ?
Sans doute Monte-Christo.

Un personnage ou héros qui vous a inspiré ?
Ulysse, Fabrice del Dongo, Sherlock Holmes, Léonard de Vinci...

Biographie

Comme la plupart de mes héros, je parle de moi le moins possible. J’ai une bonne mémoire, je peux reconstituer toutes sortes de souvenirs, les dater, les lier à des événements familiaux ou politiques ; j’ai toujours l’impression d’une fabrication artificielle, comme si je racontais des faits vécus par un d’autre, comme si j’inventais.

Il m’est plus facile de m’exprimer, à mon sujet, dans un style raccourci qui n’engage en rien : « Né à Tunis. Émigre en France, en 1961, ainsi que beaucoup de Juifs d’Afrique du Nord. Études au lycée Janson de Sailly, à Paris. Plutôt bon élève. » En 1968, je passais un diplôme de Lettres modernes à Nanterre. En 1969, devançant l’appel, je suis parti pour Lahore comme professeur de français au titre de la Coopération. Ce sont là des faits déterminants, sans doute, mais ils me semblent tout à la fois périmés et terriblement présents, comme si je ne les avais pas digérés, que j’étais encore loin de pouvoir les trier, les agencer avec cohérence.

Après le Pakistan, j’ai vécu au Brésil, aux États-Unis. J’aime voyager, ou plutôt m’installer ailleurs, pour une longue durée, en m’intégrant sur le mode apatride. Mes deux premiers livres sont ainsi des ouvrages d’ethnologie : l’un traitait des Indiens d’Amérique, l’autre, des religions afro-brésiliennes. Mon premier roman se passe au Pérou. Ensuite il n’a plus été question que de l’Italie du Nord entre le XIVe et le XVIe siècle. La Danse du Loup, récompensé par le prix des Libraires, est l’histoire d’un érudit byzantin dans la Florence de Savonarole. J’étais tellement fou de cette période que pendant dix ans j’ai surtout écrit sur Léonard de Vinci, allant jusqu’à le traduire. Aujourd’hui, c’est en Chine que je me retrouve le mieux, que je me sens le plus proche d’un « chez moi ». Deux livres sur Shanghai n’ont pas épuisé ma passion. Le Premier Principe, qui raconte l’enquête périlleuse d’un sinologue de la DGSE, s’achève dans l’île de Hainan, sur les bords de la mer de Chine méridionale.

Je ne me sens pas moins Chinois que j’ai pu me croire artiste ou Italien. Écrire est un prétexte commode pour se nourrir d’illusions. Je pensais autrefois que cela m’aidait à fuir ; il me semble à présent que je suis constitué de matériaux si disparates que c’est en explorant une grande variété de sujets, en m’éparpillant (on m’a reproché cette dispersion), que je peux prétendre à une quelconque intégrité. Les travaux alimentaires auxquels j’ai été contraint m’ont bien secondé. Je ne saurais dire, par exemple, si je me suis intéressé à la photo par nécessité, lorsque je travaillais pour les magazines, ou si c’est le goût de la photographie qui m’a conduit à m’y intéresser. Nous sommes d’abord, me semble-t-il, une somme d’expériences, désirées ou subies, et la résultante (c’est le point de vue confucianiste) de ce que nous avons fait. En ce qui me concerne, je dirais : de la moto, quatre enfants, des recherches, beaucoup de rencontres et la vingtaine de livres par lesquels j’ai essayé de faire partager mes emballements, mes « découvertes », mon bagage hétéroclite.

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